Un électricien relève la puissance inscrite sur le disjoncteur principal d'un tableau électrique triphasé dans la salle technique d'un bâtiment commercial.
Publié le 9 septembre 2026

Échéance contractuelle qui approche, factures devenues volatiles depuis la crise énergétique, appellations de tarifs qu’on croyait disparues : beaucoup de dirigeants de PME ne savent plus où situer leur entreprise depuis que les tarifs réglementés de vente (TRV) d’électricité sont revenus pour les professionnels. La réponse tient en une donnée simple : la puissance de souscription de votre compteur, exprimée en kVA. C’est elle — et non votre volume de consommation — qui détermine votre catégorie.

Réponse directe : depuis le 1er février 2025, les TRV sont de nouveau applicables aux professionnels selon trois catégories : le Tarif Bleu pour les compteurs d’une puissance inférieure ou égale à 36 kVA, le Tarif Jaune au-delà de 36 kVA, et le Tarif Vert pour les puissances supérieures à 250 kVA. Une PME dont le compteur dépasse 36 kVA, comme une boulangerie industrielle de 25 salariés, relève donc du Tarif Jaune, pas du Tarif Bleu.

Portée de cet article :

Cet article fournit une information générale fondée sur les textes officiels en vigueur en 2025. Il ne remplace pas une analyse personnalisée de votre contrat et de votre consommation, qui dépendent de votre profil d’entreprise.

À retenir d’emblée. Le retour des TRV professionnels en février 2025 rétablit une grille simple : Bleu jusqu’à 36 kVA, Jaune entre 37 et 250 kVA, Vert au-delà. La puissance du compteur, pas la consommation, fixe la catégorie. Le tarif réglementé n’est pas automatiquement le plus avantageux : un arbitrage objectif reste nécessaire avant chaque échéance contractuelle.

Tarif Bleu, Jaune, Vert : ce que ces appellations recouvrent aujourd’hui

Les tarifs réglementés de vente (TRV) sont des prix de l’électricité fixés par les pouvoirs publics sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), et non par les fournisseurs. Ils se déclinent en trois catégories pour les professionnels, segmentées selon la puissance de souscription du compteur : le Tarif Bleu, le Tarif Jaune et le Tarif Vert.

La puissance de souscription, exprimée en kilovoltampères (kVA), correspond à la puissance maximale que votre installation peut soutirer à un instant donné. Elle figure sur votre facture et sur votre compteur. Cette précision est essentielle : une erreur fréquente chez les dirigeants consiste à confondre puissance et consommation. Deux boulangeries peuvent consommer le même volume annuel en kilowattheures ; celle dont le compteur dépasse 36 kVA ne relève pas du même tarif que l’autre.

Concrètement, le Tarif Bleu couvre les sites dont la puissance souscrite est inférieure ou égale à 36 kVA. Le Tarif Jaune s’applique aux puissances strictement supérieures à 36 kVA, et le Tarif Vert aux professionnels dont la puissance dépasse 250 kVA. Selon la délibération n° 2025-10 de la CRE du 15 janvier 2025, l’annexe des tarifs réglementés « concerne uniquement les tarifs des consommateurs pour leurs sites disposant d’une puissance souscrite inférieure ou égale à 36 kVA » — le seuil qui sépare le Bleu du Jaune.

Pour comprendre les différences entre les anciennes catégories tarifaires et les offres destinées aux entreprises, il est utile de revenir sur les mécanismes qui caractérisaient les tarifs bleu, jaune et vert. L’analyse des tarifs bleu, jaune et vert permet de replacer chaque catégorie dans son contexte, en détaillant les niveaux de puissance concernés, les profils de consommation associés et les principes de tarification appliqués. Ces repères facilitent ensuite la lecture des offres actuelles et permettent de mieux comprendre les évolutions qui ont transformé la facturation de l’électricité pour les professionnels.

Une responsable de site s'accroupit à côté d'un compteur électrique et montre l'étiquette indiquant la puissance en kVA.
Vérifier la puissance affichée sur son compteur permet d’identifier sa catégorie en quelques secondes, sans confusion avec la consommation.

Pourquoi les Tarifs Jaune et Vert ont-ils ressurgi en 2025 ?

Cette chronologie surprend nombre de dirigeants : les Tarifs Jaune et Vert avaient été supprimés pour les professionnels en 2015, dans le cadre de l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence. Pendant près de dix ans, seules certaines catégories de consommateurs ont conservé l’accès aux tarifs réglementés.

Le contexte post-crise énergétique a changé la donne. Face à la volatilité des prix de marché observée depuis 2021, le législateur a souhaité redonner aux professionnels un repère de prix administré. La loi n° 2024-330 du 11 avril 2024 a modifié l’article L. 337-7 du code de l’énergie pour le permettre.

  • 2015 : suppression des Tarifs Jaune et Vert pour les professionnels, dans la continuité de l’ouverture à la concurrence.
  • 11 avril 2024 : la loi n° 2024-330 modifie l’article L. 337-7 du code de l’énergie, rouvrant la voie à des TRV pour les professionnels.
  • 15 janvier 2025 : publication du décret n° 2025-49, qui fixe les catégories tarifaires des TRV d’électricité selon la tension de raccordement et la puissance souscrite.
  • 1er février 2025 : le décret entre en vigueur ; les TRV bénéficient de nouveau aux consommateurs éligibles en France métropolitaine continentale.

Le décret n° 2025-49 du 15 janvier 2025, publié sur Légifrance, dispose expressément : « Le présent décret entre en vigueur le 1er février 2025. » Toute information antérieure à cette date décrivant les Tarifs Jaune et Vert comme supprimés est aujourd’hui obsolète.

À quelle catégorie votre entreprise appartient-elle ?

Le diagnostic ne demande qu’une vérification : la puissance de souscription inscrite sur votre facture ou votre compteur. Trois plages suffisent à situer la quasi-totalité des entreprises.

Situer votre entreprise en trois questions
  • Compteur de 36 kVA ou moins :Votre entreprise relève du Tarif Bleu. Ce profil correspond typiquement aux TPE : boutique, bureau, artisan disposant d’installations électriques modestes.
  • Puissance entre 37 et 250 kVA :Vous relevez du Tarif Jaune. C’est le cas fréquent des PME disposant d’équipements professionnels énergivores : boulangerie industrielle, atelier, laboratoire, hôtel avec cuisine centrale.
  • Puissance supérieure à 250 kVA :Le Tarif Vert s’applique. Ce profil concerne l’industrie et les gros sites : usines, collectivités disposant d’infrastructures importantes, grands établissements multi-activités.

La logique de ces plages tarifaires reflète avant tout la puissance et les caractéristiques des installations, davantage que la taille ou le statut des entreprises qui les exploitent. Les seuils de 36 kVA et de 250 kVA constituent notamment des repères importants dans la structuration des offres d’électricité destinées aux professionnels. Au-delà de ces niveaux de puissance, les modalités de tarification et les composantes de la facture peuvent évoluer afin de mieux tenir compte du profil de consommation, des besoins du site et des conditions d’approvisionnement. Ces distinctions permettent ainsi de comprendre pourquoi deux entreprises de taille comparable peuvent être soumises à des structures tarifaires différentes lorsque leurs installations présentent des niveaux de puissance ou des profils de consommation distincts.

Un chef d'atelier en blouse de travail traverse un atelier de métallurgie en vérifiant un tableau électrique secondaire mur.

Une PME de 25 salariés dépasse souvent les 36 kVA : sa puissance de souscription bascule alors sa catégorie vers le tarif Jaune.

 

Cas pratique

Imaginons une PME de 25 salariés spécialisée en boulangerie industrielle, installée près de Lyon. Ses fours tournent en continu et son compteur affiche une puissance supérieure à 36 kVA. Malgré un effectif modeste, cette entreprise n’a pas droit au Tarif Bleu : elle se situe dans la plage du Tarif Jaune. Le diagnostic prend quelques minutes et évite de comparer des offres inadaptées à son profil de raccordement.

La segmentation C1 à C5 : comment s’y retrouver ?

Parallèlement aux tarifs réglementés, le marché français de l’électricité mobilise une segmentation des clients professionnels en catégories, souvent désignées C1 à C5. Ces segments servent de repère commun aux fournisseurs pour structurer leurs offres selon la taille et le profil de consommation des sites.

Le point de vigilance est simple : la segmentation C1 à C5 relève du langage du marché, tandis que le découpage Bleu/Jaune/Vert relève du cadre réglementaire fixé par la CRE et le décret n° 2025-49. Les deux grilles se recoupent — une PME du Tarif Jaune se retrouvera dans le segment du marché correspondant à sa puissance — mais elles ne se confondent pas. Les définitions précises des segments, leurs seuils exacts et leurs critères relèvent de la documentation réglementaire en vigueur ; il est recommandé de les vérifier auprès de la CRE ou de votre fournisseur avant tout arbitrage, car les frontières entre segments déterminent les offres auxquelles vous avez accès.

Comment lire ces deux grilles : le couple Bleu/Jaune/Vert répond à la question « quel tarif réglementé m’est accessible ? » ; la segmentation C1 à C5 répond à « quelles offres de marché me sont proposées ? ». Croiser les deux évite de recevoir des propositions commerciales inadaptées à votre puissance de souscription.

Tarif réglementé ou offre de marché : quel arbitrage selon votre profil ?

Revenir aux TRV ne signifie pas qu’ils constituent automatiquement le bon choix. Quatre mécanismes de prix coexistent pour les professionnels, et chacun répond à une logique différente de gestion du risque budgétaire.

Le tarif réglementé offre un prix administré, révisé périodiquement sur proposition de la CRE. Il apporte un repère stable et transparent, sans engagement commercial complexe. L’offre à prix fixe garantit un prix du kWh sur toute la durée du contrat, ce qui sécurise le budget mais verrouille le prix si le marché baisse. L’offre indexée sur l’ARENH repose sur un mécanisme réglementé d’accès à l’électricité nucléaire historique : le prix suit une formule indexée sur ce tarif d’accès, avec une part variable au gré des révisions. Enfin, les offres sur mesure négocient les conditions pour les gros consommateurs, notamment ceux relevant du Tarif Vert.

Le tableau suivant confronte ces quatre options selon des critères directement utiles à la décision budgétaire.

Comparaison des mécanismes de prix pour une entreprise professionnelle
Critère Tarif réglementé (TRV) Prix fixe Indexé ARENH Sur mesure
Qui fixe le prix Pouvoirs publics / CRE Fournisseur (contractuel) Formule indexée Négociation
Visibilité budgétaire Révisions périodiques Maximale sur la durée du contrat Variable selon révisions Variable selon contrat
Profil le plus adapté Repère simple, toute puissance éligible Entreprise recherchant la sécurité Entreprise acceptant une part de variabilité Gros sites (Tarif Vert)

Reprends la PME de boulangerie industrielle située entre 37 et 250 kVA. Son arbitrage ne dépend pas de la catégorie, mais de son aversion au risque et de la volatilité de son activité : si la stabilité budgétaire prime, un prix fixe ou le TRV offrent des repères ; si elle accepte de suivre le marché pour espérer en capter les baisses, l’indexation se discute. Aucune option ne s’impose a priori sans examen des conditions contractuelles précises. Pour approfondir ce choix, l’analyse du contrat d’électricité selon votre profil de consommation mérite une attention particulière avant l’échéance du contrat actuel.

Faut-il quitter les tarifs réglementés ? Points de vigilance et gain de temps

Depuis le 1er février 2025, les TRV constituent un point de repère, pas une obligation. Avant de changer de contrat, quelques critères objectifs suffisent à sécuriser la décision, sans céder à la pression des démarches commerciales.

Ce que vous avez à vérifier avant chaque échéance contractuelle
  • Votre puissance de souscription exacte (en kVA) sur la facture ou le compteur, pour confirmer votre catégorie.
  • Les conditions de sortie et de résiliation de votre contrat actuel, pour mesurer la réversibilité de votre engagement.
  • La structure de prix de chaque offre comparée : part fixe, part variable, durée, modalités de révision.
  • La cohérence entre la puissance de votre compteur et les plafonds 36 kVA / 250 kVA appliqués par le fournisseur.
  • La date d’effet du changement, pour éviter toute coupure ou période sans contrat.

Points de vigilance avant de changer de contrat : les conditions de résiliation varient selon les offres et les fournisseurs, et une proposition commerciale reçue par téléphone ne dispense pas de lire les conditions contractuelles. Vérifiez toujours la durée d’engagement, les modalités de sortie et le périmètre exact du prix annoncé avant de vous engager.

Cette mise en concurrence représente un travail réel pour un dirigeant qui cumule déjà la gestion commerciale, les achats et les ressources humaines. C’est précisément là que le courtage en énergie prend tout son sens : non comme un coût supplémentaire, mais comme un raccourci opérationnel. Un courtier réalise la veille réglementaire en continu — essentielle dans un cadre qui vient de changer trois fois en dix ans — et centralise la comparaison des offres, ce qui fait gagner un temps considérable sur une tâche répétitive et technique. Les avantages d’un courtier en énergie pour les entreprises résident d’abord dans cet éclairage indépendant. Des acteurs comme Opéra Énergie suivent de près l’évolution des TRV et de la segmentation du marché, et l’analyse du guide pour quitter les tarifs réglementés publié par energie-news donne une première base de comparaison entre EDF et ses concurrents professionnels.

L’analyse de la rédaction : le croisement des sources officielles dessine une lecture claire de la situation. Le décret n° 2025-49 réintroduit un repère administré que les entreprises avaient perdu en 2015, la CRE encadre les seuils de puissance à 36 et 250 kVA, et EDF Entreprises confirme l’application effective des TRV depuis février 2025. Le tarif réglementé redonne un point de comparaison, mais il ne tranche pas l’arbitrage : il le rend enfin possible sur une base objective.

Vos questions sur les tarifs Bleu, Jaune et Vert
Une PME de 25 salariés avec un compteur supérieur à 36 kVA peut-elle bénéficier du Tarif Jaune ?

Oui. Depuis le 1er février 2025, une entreprise dont la puissance souscrite dépasse 36 kVA relève du Tarif Jaune, indépendamment de son effectif. C’est la puissance du compteur, et non la taille de l’entreprise, qui détermine la catégorie.

La puissance de souscription ou le volume de consommation détermine-t-il mon tarif ?

La puissance de souscription, exprimée en kVA, est le critère déterminant pour l’appartenance à une catégorie tarifaire. Le volume de consommation influence le montant de la facture, mais pas la catégorie à laquelle votre site appartient.

Faut-il quitter les tarifs réglementés pour une offre de marché en 2025 ?

Il n’existe pas de réponse universelle. Le tarif réglementé sert de repère ; le choix dépend de votre besoin de visibilité budgétaire, de votre tolérance à la variabilité des prix et des conditions contractuelles de chaque offre. Une vérification des conditions de sortie et une mise en concurrence restent recommandées à chaque échéance.

Le chemin est désormais balisé : relevez la puissance de souscription sur votre compteur ou votre facture, situez votre site dans la grille Bleu/Jaune/Vert, puis comparez objectivement le tarif réglementé aux offres de marché avant votre prochaine échéance. En quelques minutes de diagnostic, vous reprenez le contrôle de votre budget énergie, sans vous laisser porter par la première démarche commerciale venue — et, si le temps vous manque, un accompagnement expert transforme cette comparaison en formalité plutôt qu’en charge mentale.

Rédigé par Olivier Garnier, rédacteur spécialisé dans les marchés de l’énergie pour les professionnels. Il suit les évolutions du secteur et s’intéresse particulièrement au décryptage des tarifs réglementés de l’électricité et du gaz.